L’art, a toujours accompagné le commerce (2)

Suite à la question de Denis : est-ce du “lard ou du cochon”?  Selon moi, placer un caddie géant dans le hall d’un centre commercial ce n’est pas de l’art, mais de la communication.

Selon moi, l’art le “vrai” a toujours accompagné le développement du commerce (2)

D’abord en constituant par ses propres créations et à toutes époques un marché considérable. Mais aussi par le savoir faire que des artistes, des communautés, des villes, démontraient ainsi leur expertise aux yeux d’acheteurs potentiels. Leur donnant l’envie de les acquérir pour enrichir leur environnement. Des manufactures, des ateliers, des villes, des artistes ont ainsi acquis une réputation universelle donnant lieu à un commerce international florissant (la ville de Florence, les Gobelins…).

Des grands commerçants

Ils ont de tout temps favorisé l’art et aidé les artistes à s’exprimer. Les plus connus, et nous l’évoquions dans un précédent article et dans notre livre sur l’histoire de l’humanité à travers le commerce, ce sont d’abord les Médicis, jusqu’à des personnes comme, Michel-Édouard Leclerc avec le Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture à Landernau qui entrent parfaitement dans cette volonté.

Fondation MEL
Fondation MEL

Ces commerçants-entrepreneurs nous ont légué pour notre plus grand bonheur, des collections admirables à travers des fondations.

La plupart des artistes, dès le Moyen Âge, vendent naturellement leurs créations.

En particulier pour Rubens qui fut un grand « commerçant » de la production de son atelier. D’autres travaillaient pour des marchands dans des ateliers ou plusieurs artistes opèraient sur la même œuvre. L’un peignant les paysages, un autre les animaux, un troisième les personnages. Il s’agissait là, d’une véritable industrie à visée mercantile;

Au début avec l’Art pariétal des hommes préhistorique des grottes Chauvet ou de Lascaux (-30 000 ans). Que voulaient-ils bien nous signaler ces “artistes” en peignant dans l’obscurité profonde des animaux redoutables, sur les murs de cavernes habitées par des ours, ?

  • La bourgeoisie marchande hollandaise pour se représenter et se mettre en valeur comme la plaque tournante de la finance européenne favorisera (financera) la naissance de l’Art flamand. Souvent sous couvert d’apparences religieuses il représentera les notables dans leur vie quotidienne.
  • En 1567, il y avait à Anvers: 124 orfèvres… et 300 peintres et sculpteurs.
La ronde de nuit de Rubens
La ronde de nuit (des commerçants) de Rubens
  • La plupart des artistes vendent naturellement leurs créations. Rubens fut véritablement un « commerçant » de son art. D’autres travaillent pour des marchands avec des ateliers ou plusieurs artistes opèrent sur la même œ L’un peignant les paysages, un autre les animaux, un troisième les personnages. Il s’agit là d’une véritable industrie à visée mercantile;
  • Les ivoires parisiens, les albâtres anglais du XIVe siècle, mais aussi les porcelaines, la dentelle (Au XIXe siècle, Arras comptait près de 10 000 dentellières) se vendaient dans toutes les foires d’Europe. Dans ces foires, ce commerce d’objets précieux, se réalisait vraisemblablement à des prix très bas pour en favoriser la diffusion, mais la valeur artistique était souvent quasi nulle ;
  • Les pèlerins nombreux sur les routes du Moyen Âge favorisaient un commerce d’une ville à l’autre. Ils achetaient et revendaient des objets au cours de leur périple, assurant ainsi leurs coûts du voyage.
  • Les produits du limousin bénéficièrent d’une organisation commerciale remarquable: (ainsi la baguette magique de St Martial qui “ressuscitait les morts” ou les émaux de Limoges s’étendirent ainsi de l’Islande à la Russie, de la Suède à l’Espagne) ;
  • De grands commerçants-entrepreneurs ayant gagné des fortunes considérables ont souvent été à l’origine de merveilleuses collections d’œuvres d’arts qu’ils ont ensuite cédées à des musées, Ainsi :
  • Calouste Gulbenkian (1869-1955) « Monsieur 5% ». Négociant arménien : il touchait 5 % du commerce du pétrole extrait de l’ex-empire Ottoman, il fut probablement l’homme le plus riche de son temps. Il amassa, avec amour, une fabuleuse collection de plus de 6.000 œuvres d’art uniques allant de l’Antiquité à l’Art Nouveau (des peintures des impressionnistes, des flamands, des sculptures, des meubles anciens). Il légua tous ses trésors à l’humanité par sa Fondation à Lisbonne.
  • Bien d’autres industriels ont fondé leur fondation pour favoriser le développement des arts : Paul Ricard (Arts contemporains), Nestlé, Hermès, Guerlain, Louis Roederer, Galeries Lafayette, Louis Vuitton, Ateliers d’Art de France (multimarques), Cino Del Duca, Caisse d’épargne (« espace écureuil »), AG2R, François Pinault (île Seguin), Carla Bruni…
  • La fondation Solomon R. Guggenheim et ses 5 musées à travers le monde ;
  • La Fondation Louis Vuitton, lancée en octobre 2006, a été créée par le groupe LVMH. Elle a pour objectif de promouvoir l’art et la culture et de pérenniser les actions de mécénat engagées depuis 1990 par le groupe.
  • La Fondation Aïshi de Beyrouth financée par le collectionneur libanais Tony Salamé, mixant Mode, Culture et Commerce.
  • La fondation WG Kunst pour l’art et l’éducation culturelle à Amsterdam.
  • Le Château La Coste et ses promenades dans un domaine où les vignes, ou l’art et l’architecture s’expriment librement.
  • La fondation Lagardère qui a distribué en 2017 des bourses à de jeunes créateurs d’un montant de 225.000€.
  • Le laboratoire Lab’Bel (le groupe Bel) représente un laboratoire d’idées et d’innovations artistiques (Art contemporain).
  • Le groupe Casino permet à des élèves, éloignés de la culture d’aborder l’Art théâtral.
  • BNP Paribas a lancé « Dream up » un programme d’éducation par la pratique artistique à plus de 30.000 enfants défavorisés dans 26 pays des 5 continents.
  • La Fondation Colas associe la route et l’art.
  • La fondation François Schneider souhaite soutenir ces créateurs par l’acquisition de leurs œuvres et leur mise en valeur au Centre d’Art Contemporain de la Fondation via une exposition et l’édition d’un catalogue (« les talents du XXIe siècle »).
  • La fondation Ludwig avec son musée (« Mumok » à Vienne) soutient des artistes de Pop art. La fondation Vasarely à Aix en Provence favorise le développement du mécénat d’art ;
  • Sans compter sur une multitude d’associations qui ont pour but de développer l’accès à la culture et aux pratiques artistiques, en particulier auprès des plus démunis (Hôpitaux, milieux carcéraux, sans abris, jeunes en voie d’insertion…), l’éveil musical aux élèves de classes primaires, via un projet musical « Act Opus », auprès de 1.000 orphelins par la Maîtrise de Radio France.
fondations Vuitton et Guggenheim

Sans oublier comme art :

L’industrie d’objets artistiques en cuivre ou en bronze fit la fortune de régions dans lesquelles ne se trouvait pas toujours du cuivre ni le zinc nécessaire (bronze). Cela engendra d’abord un important commerce international de minerais.

Une industrie du luxe (soierie, tapisserie, orfèvrerie, artisanat…) qui s’installera autour des grands centres de production artistique (Florence), car de plus en plus les riches notables se préoccuperont de la splendeur de leur décor de vie.

L’art numérique (« Art Tech »)

Depuis trois ou quatre ans, le marché de l’art technologique en ligne connaît une progression sans précédent malgré le ralentissement global du marché de l’art classique, estime le rapport Hiscox 2017. Dans ce contexte, les artistes des nouveaux médias ont une vraie place à se faire, et c’est sur eux qu’entreprises et fonds d’investissement devraient aujourd’hui placer leurs pions.

Art Technologique
Art Tech

On recense aujourd’hui des plateformes de bricks-and-clicks (Amazon Art, Paddle8, Artsy, Artnet…) spécialisée en Art Tech, avec la marketplaceArtJaws lancée en février 2016, elle promeut les œuvres d’artistes contemporains travaillant avec les nouveaux médias. « Intelligence artificielle, impression 3D, DataArt, réalité virtuelle, NanoArt, BioArt… » 

ArtJaws, c’est bien sûr de la vente mais aussi des services à destination des collectionneurs. « Nous organisons des visites d’ateliers, des rencontres avec les artistes et des évènements dédiés, notamment avec la foire Variation Media Art Fair », poursuit-elle. Côté artistes, il y en a pour tous les goûts et pour tous les porte-monnaie.

Le monde de l’art n’est pas fait que de créateurs. Il existe en grande partie aussi grâce au commerce. De même, les œuvres d’art doivent pouvoir être montrées dans un but éducatif mais également, tout simplement, pour exister dans le regard du public.

  • 21
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    21
    Partages

Reply