1492 et après ? “1493” !

Texte extrait du livre : The commerce, une histoire de l’humanité

« Le commerce d’hier » – (2018 – 500 pages – 30 €)

Pour acheter : http://tcdm.the-commerce.com

Nouveau_Monde_1492

Nouveau_Monde_1492

En l’an 1492 : Le « Columbian Exchange » :

Colombus

Colombus

Si 1492 ne fut pas la date de la découverte de l’Amérique. Emotionnellement en Europe, 1492 reste la date ou Christophe Colomb  débarqua avec ses caravelles ce qui instaurera la fin du Moyen Âge et le début des « temps modernes » et bien sûr : des échanges avec ce « Nouveau Monde ».

Le commerce avec les Amériques a réellement débuté après l’expédition de ce navigateur génois, financée par des commerçants espagnols, à la recherche d’une nouvelle route des Indes, pour concurrencer les Portugais.

De 1540 à 1650, près de 12 000 navires espagnols transportèrent des cargaisons, depuis les Amériques vers l’Espagne, et avec seulement 5 % de pertes :

  • L’or de Cuba et surtout l’argent du Pérou et du Mexique obtenus des butins de guerre des conquistadores, mais principalement extraits des mines incas ;
  • La rançon de l’empereur inca Atahualpa qui représente un demi-siècle de la production de métaux précieux en Europe ;
  • De nouveaux produits exotiques (tabac, cochenille, maïs, pomme de terre…) ;
  • « Tout ce dont l’Europe manque et que l’Amérique possède » (sucre, cacao, café).         

En Espagne, une sorte de chambre de commerce : la Casa de Contratación de Séville se créée en 1503, qui supervise et gère tout ce qui concerne le commerce et la navigation d’outre-mer. Aucune marchandise ne peut être remise à son propriétaire sans avoir été au préalable déposée à la Casa de Contratación, et soumise à un impôt de 20 %  pour le compte de la couronne espagnole ! La ville de Séville, la « Grande Babylone d’Espagne » acquiert ainsi un statut mondial et attire nombre de commerçants de toute l’Europe.

En retour, l’Europe exporte vers les Amériques toutes sortes de produits – du vin, des armes, du thé, du papier, des produits textiles…des esclaves.

La balance commerciale sera favorable à l’Europe. De grosses fortunes se bâtirent : celles d’assureurs, de banquiers, de transporteurs, d’agriculteurs espagnols ou portugais…mais aussi celle du roi d’Espagne qui recevait 20 % de toutes les cargaisons précieuses. Mais il y eut également de grosses faillites causées par le manque de liquidités des Américains qui n’arrivaient pas à payer tout ce qu’on leur vendait – entraînant, même, une forte baisse des prix. En moyenne, les prix, une fois arrivés en Amérique, étaient multipliés par deux voire trois. La ville de Gênes prit une part importante (10%) de ce commerce, surtout celui du papier.

en 1664, la Nouvelle-Amsterdam est conquise par les Anglais et rebaptisée New York.

Le commerce avec les États-Unis :

Au XVIe siècle, les terres situées à l’est des montagnes Rocheuses ne sont peuplées que par de maigres tribus de CheyennesCrowsSiouxHuronsIroquoisCherokees et Creeks qui chassent le bison mais aussi pratiquent la culture, la cueillette, l’élevage et la pêche. Les Iroquois vivent dans la vallée du Saint-Laurent, dans le secteur des lacs Érié et Ontario, dans la vallée du fleuve Hudson et dans la partie ouest des Appalaches. Ils comptent alors six grandes tribus. Des tribus d’éleveurs et d’agriculteurs, ApachesComanches ou Pueblos, habitent les Rocheuses.

Les Espagnols qui découvrent l’Amérique ne se préoccupent pas, au début, de commercer avec ces populations locales. – Il n’y avait pas d’or ! – D’autre part, les côtes sont assez inhospitalières et ne comportent aucune richesse naturelle. Le commerce avec les Indiens est initié par une colonie hollandaise, en 1624, et une autre suédoise, en 1638 ; cela concerne alors les fourrures.

En 1717, la France accorde au financier Law le monopole du commerce local avec la Compagnie d’Occident. La Nouvelle-Angleterre se peuple de puritains. Leurs convictions religieuses marquent profondément la vie politique et l’administration publique. En effet, chaque communauté religieuse a l’habitude de s’administrer de manière autonome.

Avec l’esclavage se créent des plantations de riz, de tabac, d’indigo et de coton. Le sud finira par se spécialiser dans la monoculture du coton.

La guerre de l’Indépendance américaine, de 1776 à 1865 – guerre de Sécession comprise -, sera suivie, de 1812 à 1815, d’une guerre contre le Royaume-Uni qui voulait interdire le commerce entre la France et les États-Unis.

Entre 1860 et 1900, 14 millions d’immigrants arrivent aux États-Unis, fuyant l’Europe en raison des mauvaises conditions économiques et sociales, de troubles politiques et/ou des persécutions religieuses. Grâce à cette immigration, la population des États-Unis passe de 31 millions en 1860 à 50 millions en 1880 et à 76 millions en 1900.

Dans un contexte de liberté économique presque totale, qui n’est pas sans générer des abus – le droit du travail est pratiquement inexistant, les pratiques commerciales souvent douteuses -, émergent de grandes puissances bancaires et financières ainsi que de grands groupes industriels, dans les domaines de l’acier, de la construction et des transports ferroviaire et maritime…ainsi que dans le commerce.

Le « Département du travail et du commerce », fondé en 1903, a été rebaptisé le « Département du commerce » en 1913. Son rôle est la collecte de données économiques, la gestion des brevets des marques commerciales et une aide à une standardisation des normes. À la fin de 1929 éclate une crise économique sans précédent, causée par la surproduction et la spéculation boursière.

“1493” : un autre livre 

"1493"

“1493”

« 1493 ou comment la découverte de l’Amérique a transformé le monde » de Charles C. Mann précise d’autres conséquences de l’expédition de Colombus.

Les galions espagnols qui apportaient en Chine de l’argent extrait des mines d’Amérique du Sud. Une grande partie de l’argent extrait des Andes a été livré non pas en Espagne mais en Chine, ils furent la cause d’afflux excessif de métal précieux en Chine, d’inflation, de déficits fiscaux, de troubles sanglants et, finalement, de l’effondrement du régime. Le dernier empereur Ming a été remplacé par la dynastie des Qing.

Les conséquences de l’expédition de 1492

  • la patate douce, importée d’Amérique jouera un rôle important dans l’explosion démographique de la Chine;
  • Cette conquête du continent modifia profondément le paysage local naturel et humain pour le substituer à un autre importé d’Espagne, puis d’Afrique. De 80 à 100 millions d’Indiens que compterait le continent, elle les aurait réduits, un siècle et demi plus tard entre 3 à 5 millions d’habitants tenus à l’écart de toute revendication territoriale;
  • une dégradation des ressources naturelles des populations locales, par le passage brutal de l’économie naturelle à une économie de production
  • l’utilisation des fientes séchées d’oiseaux d’origine du Pérou comme engrais. va transformer l’écologie locale – Mann a calculé que la valeur totale des exportations d’engrais naturel du Pérou était égale à 15 milliards $ en termes d’aujourd’hui -.
  • « l’importation » en Amérique du plasmodium falciparum, (parasite qui cause la malaria), Mann fait valoir que cela a eu des conséquences considérables. Dans le nord, avec un climat froid, il était difficile pour les moustiques porteurs du paludisme de survivre, mais dans le sud-américain, les Caucasiens s’en tirèrent beaucoup plus mal dans les champs de coton et de tabac infestés de moustiques. Seuls les esclaves étaient protégés, car venus d’Afrique ils avaient apporté avec eux une certaine immunité.
  • bien d’autres maladies venues d’Europe décimeront les populations locales ;
  • de nombreuses forêts de montagne ont été victimes de nouvelles terres cultivées par les trois « cultures américaines » – maïs, pomme de terre et patate douce -. Ces pentes, désormais débarrassées des arbres, n’avaient plus aucune protection contre la pluie et les glissements de terrain ont commencé à se produire dans de nombreux endroits. Les zones autour du Yangtze et du fleuve Jaune sont encore maintenant en proie, presque chaque année, à des inondations massives ;
  • le transfert de certains animaux, plantes et micro-organismes d’un continent à l’autre ayant littéralement bouleversé les systèmes écologiques
  • le caoutchouc naturel a été expédié à travers l’Atlantique en quantités toujours plus importantes. Les exportations de caoutchouc du Brésil ont augmenté, la demande a progressé encore plus rapidement et les prix ont continué à grimper. Jusqu’à ce qu’un champignon a décimé la quasi-totalité des plantations de caoutchouc d’Amérique du Sud.
  • un homme britannique nommé Henry Wickham, via la contrebande du Brésil, a importé en Asie des graines d’arbres de caoutchouc (1876). La Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie sont devenues des superpuissances productrices de caoutchouc, remplaçant le Brésil, le Venezuela et le Suriname.
  • La légalisation à légaliser, pour une longue période l’esclavage négrier.

Archéologues, scientifiques, botanistes, entomologistes, anthropologues, géographes, biologistes et historiens ont tous souligné à quel point cet échange colombien avait façonné le monde d’aujourd’hui.

Extrait du livre (en cours de publication) The commerce, une histoire de l’humanité de Guy Couturier et Denis Gentile et publié par Commerçants du monde.

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